Mardi soir, en Ligue des champions, Marseille va disputer contre l'Union Saint-Gilloise le 279e match de son riche parcours en compétitions européennes. Clin d'oeil de l'histoire : le club olympien avait lancé ses aventures continentales face à ce même adversaire, plus de soixante ans en arrière, à l'occasion de la Coupe internationale des villes de foires.
Nous sommes en début de saison 1962-1963 et l'OM d'Armand Penverne vient de remonter en Première Division. Comme son nom l'indique, la Coupe des villes de foires, qui a vécu de 1955 à 1971 (avant de laisser place à la Coupe de l'UEFA, elle-même devenue Ligue Europa), est avant tout proposée aux villes dotées de foires renommées, dans un but de promotion, et avec comme prétexte de jouer un match entre chaque adversaire.
Au premier tour, les Marseillais héritent de l'Union, représentant de Bruxelles et club historique belge, fondé en 1897 et titré à onze reprises en D1 avant la Deuxième Guerre mondiale. Mais le club traverse une période délicate sous la houlette du Français Edmond Delfour. Le jour du match aller, le 26 septembre 1962 au Vélodrome, peut-on lire dans L'Équipe, « on peut donc considérer que l'OM passera normalement ce premier obstacle et se présentera le 17 octobre, à Bruxelles, avec une avance de buts suffisante pour qu'il n'ait pas trop de soucis à se faire ».
Une compétition très peu médiatisée
Marseille l'emporte bien, mais d'une courte tête (1-0), grâce à Étienne Sansonetti. Et la suite, trois semaines plus tard en Belgique, ne se passe pas comme prévu. L'OM débarque au parc Duden avec un effectif décimé, qui compte sept absents, dont plusieurs blessures subies le week-end précédent en Championnat à Angers (0-3). Cela oblige le coach Penverne à bricoler et même envisager, un temps, « sa rentrée comme demi-droit », selon l'article dans nos colonnes.
Devant son public, l'Union en profite pour faire rapidement son retard et se qualifier au tour suivant (4-2), Gérard Aygoui et Serge Roy - père d'Éric - ayant réduit l'écart à deux reprises en vain. « Il suffisait que Marseille inscrivît encore un but pour obtenir un match d'appui, rapportait notre envoyé spécial. Il se lança généreusement à l'attaque, (Julien) Stopyra et Roy étant ses éléments les plus en vue et (Héctor) Rial son joueur le moins en évidence. »
Signe de la moindre importance médiatique de la compétition, le compte rendu occupe une place minime dans un coin de la page. Le lendemain du premier match, seul le résultat était mentionné. L'actualité était alors focalisée sur l'élimination, le soir même, au Heysel, du grand Real d'Alberto Di Stéfano et Ferenc Puskas par Anderlecht (0-1 ; 3-4 en cumulé) au premier tour de la grande Coupe d'Europe des clubs.
« Avant le premier match, on s'était fait insulter de tous les noms, par je ne sais trop qui, dans un coin du terrain et on avait carrément dû rentrer au vestiaire »
Régis Bruneton, joueur de l'OM en 1962-1963
Âgé de 86 ans aujourd'hui, titulaire marseillais à l'aller et blessé au retour, Régis Bruneton est surpris de notre appel - « C'est tellement loin que vous me prenez de court » - mais les souvenirs refont surface à l'évocation des compositions et permettent d'éclairer un peu plus cette double confrontation : « On avait une bonne équipe, mais sans plus. Avant le premier match, on s'était fait traiter de tous les noms, par je ne sais trop qui, dans un coin du terrain et on avait carrément dû rentrer au vestiaire. Pour nous, c'était une compétition importante, mais cela n'a pas suivi, malheureusement. Financièrement, c'était toujours intéressant. Notre président (Saby Zaraya) était présent, donnait corps et âme au football, et cela me faisait aussi de la peine de voir comment le public l'incendiait (il partira en fin de saison, après une nouvelle relégation en D2). »
Malgré tout, Bruneton, parmi les derniers représentants de sa génération pionnière, garde en mémoire une bonne expérience et la fierté d'avoir inauguré le voyage en classe européenne, le premier d'une très longue liste. « Cela passe tellement vite, vous savez, souffle-t-il. J'ai été heureux d'avoir fait quelques pas avec tous les joueurs de l'OM de cette époque-là. » Mardi soir, devant sa télévision, il sera fidèle au poste pour suivre ses lointains successeurs.








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