Ils ont en commun d'être tous les deux tenants du titre dans leur pays. Et c'est à peu près tout. Car Alex Muzio, le président de l'Union Saint-Gilloise, et Nasser al-Khelaïfi, son homologue du Paris-SG, ne boxent pas dans la même catégorie, même s'ils président, chacun, une association européenne de clubs.
L'Anglais de 41 ans, à la tête du champion de Belgique, est président de l'UEC (union des clubs européens), syndicat défendant un modèle « non élitiste ». Avec des moyens limités et relativement peu d'adhérents, même s'il revendique 150 membres. Mais très peu de clubs importants : aucune équipe en Allemagne, idem en Italie, pas davantage en France, une seule en Belgique (Union Saint-Gilloise) ou aux Pays-Bas (PSV Eindhoven) et quelques-uns en Angleterre, plutôt de second plan, tout comme en Espagne, puisque l'UEC est soutenue par le bouillant président de la Liga Javier Tebas.
Face à lui, l'EFC - les clubs européens de football, (ex-ECA, association européenne des clubs) - rassemble une immense majorité des clubs européens, dispose de fonds considérables, grâce notamment une « co-entreprise » avec l'UEFA pour l'exploitation commerciale des Coupes d'Europe. Il jouit d'un pouvoir toujours plus fort auprès de l'instance européenne et même de la FIFA, avec qui il a négocié les gigantesques retombées de la Coupe du monde des clubs. À l'UEC, rien de tout ça. « Nous n'avons aucune communication officielle avec ces deux instances internationales, explique Muzio, mais il existe des échanges informels. »
« Ce n'est pas un combat à armes égales pour convaincre les clubs d'adhérer à l'une ou l'autre organisation »
Alex Muzio, président de l'UEC
Et même s'il a conscience « d'être David contre Goliath », il lutte comme il peut. « Cette dernière année, notre priorité, n'a pas été de recruter de nouveaux clubs mais d'élaborer de véritables politiques dans lesquelles nous croyons, que nous pouvons défendre afin qu'elles soient intégrées aux futurs processus décisionnels, plaide l'Anglais. L'ECA (devenue EFC) reçoit environ 25 M€ de financement, alors que nous n'en recevons aucun. Elle peut donc offrir aux clubs des avantages tels que des fêtes à 7 M€ à Rome (où se tenait l'assemblée générale en octobre), ce que nous ne pouvons pas faire. Elle leur propose des formations à prix réduits, ce que nous ne pouvons pas faire non plus. Ce n'est pas un combat à armes égales pour convaincre les clubs d'adhérer à l'une ou l'autre organisation. Il y a plus de 150 clubs qui se battent contre l'organisation dominante, plutôt que de renoncer. Sinon, il n'y aurait aucune résistance. »
L'UEC critique du modèle économique lié aux droits TV, notamment
Lui veut croire à un football plus responsable et des Championnats qui luttent contre l'hégémonie de l'UEFA. « En France, par exemple, nous voyons qu'il devient difficile de vendre les droits du Championnat, puisque Canal+ achète très cher toutes les compétitions européennes et n'a donc plus besoin de se payer la ligue nationale », regrette-t-il.
Avant d'ajouter : « Depuis longtemps, les pays européens classés entre la 20e et la 55e place n'ont pas une ligue nationale suffisamment attractive pour des diffuseurs du type de Canal+. Ceux-là préfèrent acheter la Ligue des champions, peut-être la Premier League, la Liga... Aujourd'hui, nous voyons que ceux classés entre le 5e et le 20e rang se retrouvent dans la même situation : leurs ligues nationales ne sont plus considérées comme des produits essentiels. Les diffuseurs privilégient eux aussi les compétitions UEFA, les Championnats anglais ou espagnols. Les revenus nationaux s'effritent, tandis que ceux issus des Coupes d'Europe augmentent. Et cela creuse des disparités internes, dangereuses pour l'équilibre compétitif dans les compétitions. »
Cette saison, l'Union Saint-Gilloise, qui reçoit Marseille, mardi (21 heures), profite des revenus de la lucrative Ligue des champions. Une nouveauté. Mais Muzio assure que l'avenir de son club ne dépend ni de cette rencontre ni d'un bon parcours européen. « Nous avons fait un effort pour garder notre masse salariale proche de celle de la saison dernière, assure-t-il. Nous versons en revanche d'importantes primes. Si nous ne nous qualifions pas pour l'Europe la saison prochaine, nous paierons simplement moins de primes et notre budget restera équilibré. »








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