C'est à l'occasion de l'annonce, ce lundi, du lancement de l'agrandissement du centre d'entraînement situé à Orly (Val de Marne), qu'Antoine Arnault, 48 ans, le représentant de sa famille, actionnaire majoritaire du Paris FC, nous a accordé un entretien. Dans ses bureaux à Paris, où trônent de nombreuses photos de sport, il s'est confié durant plus d'une heure sur l'engagement de sa famille, sa vision du club et son avenir. Il a aussi fait un premier bilan de la saison en cours et s'est épanché sur sa passion pour le sport, vecteur de ses plus belles émotions
Le bilan sportif
« Satisfait mais un peu frustré »
« Quel bilan tirez-vous de cette presque première moitié de Championnat ?
Je ne vais pas vous surprendre en vous disant que je suis satisfait mais aussi un peu frustré. Parce que, excepté à Angers (0-1) pour la 1re journée et le match contre Auxerre (1-1) le 29 novembre, où il y avait beaucoup d'absents et où nous sommes finalement contents de prendre un point, l'équipe méritait mieux sur certains matches. Mais n'oublions vraiment pas que nous sommes un promu et qu'il ne faut pas non plus se prendre pour un autre. Nous avons toujours dit et rappelé que l'objectif, cette saison, était le maintien. Nous n'y sommes pas encore mais si l'équipe continue à jouer comme ça, avec cette mentalité, j'ai bon espoir que nous soyons une bonne équipe de milieu de tableau.
Vous avez toujours soutenu Stéphane Gilli depuis votre arrivée. Est-ce toujours le cas dans cette période un peu délicate (quatre matches sans victoire) ?
Le groupe est derrière le coach et je le dis clairement : le départ de Stéphane Gilli n'a jamais été envisagé. Nous comptons sur lui.
Allez-vous recruter cet hiver ?
Nous allons nous renforcer, oui. Nous réfléchissons avec Marco Neppe (le directeur sportif), le coach et le staff à différentes pistes. Vous pouvez imaginer les postes où nous avons des besoins (attaquant de pointe et milieu). À partir de là, nous aurons une équipe mieux équilibrée qui performera et qui nous permettra de regarder devant au classement. Pour autant, je l'affirme sans hésiter, nous sommes satisfaits du jeu de l'équipe et, au risque de me répéter, il faut avoir l'humilité de ne pas en vouloir trop dès la première année. Je comprends que certains voudraient tout de suite nous voir accrocher l'Europe mais ça n'est tout simplement pas possible. Et ils peuvent le dire autant de fois qu'ils le veulent, je leur répondrai toujours la même chose : étape après étape, pierre par pierre. Il n'y a que comme ça que nous arriverons à construire quelque chose de solide.
Est-ce exagéré de dire que le mercato de cet été est raté ?
Il y a un temps d'adaptation aussi pour les recrues et nous avons 100 % confiance en elles. Elles doivent s'adapter à une nouvelle ville, un nouveau club, un nouvel environnement, de nouveaux partenaires. Alors non, ce n'est pas un mercato raté. Il est vrai aussi que nous avions une direction sportive (avec François Ferracci) qui avait une grosse pression pour bâtir assez vite une équipe de niveau Ligue 1.
« Je crois que (N'Golo Kanté) aussi voulait venir mais son club ne l'a pas laissé partir »
Une arrivée de N'Golo Kanté pourrait-elle encore être d'actualité ?
Elle l'a été, vraiment. Cela ne s'est joué à pas grand-chose cet été. C'est dommage et j'étais triste qu'il ne vienne pas. Je crois que lui aussi voulait venir mais son club (Al-Ittihad, Arabie saoudite) ne l'a pas laissé partir. Nous respectons cela. C'est dommage parce qu'avec N'Golo dans cette équipe, cela aurait créé une dynamique supplémentaire et peut-être bien cinq 5 points de plus au classement. Bref, ce n'est plus d'actualité.
Et Lucas Stassin, de Saint-Étienne ?
Je n'aborderai pas le sujet proprement dit mais je profite de l'occasion pour passer un message. Ma famille n'est pas venue au Paris FC pour faire n'importe quoi. Il n'est donc pas question que nous servions à alimenter le marché des transferts et à créer une bulle.
Les infrastructures
« Le centre sera la clé de voûte du futur »
« Ce lundi ont été officialisés les plans de l'extension du centre d'entraînement. Était-ce une priorité ?
C'est une étape très importante dans le développement du club. Nous avons toujours dit que nous voulions construire les choses les unes après les autres dans un tempo rationnel. Ce centre sera la clé de voûte du futur. C'est une pierre de plus dans ce que nous avons déjà accompli. Nous souhaitons tout professionnaliser, du centre d'entraînement au centre de formation.
J'en profite pour remercier toutes les communes avoisinantes (Orly, Choisy-le-Roi, Villeneuve-le Roi) et les pouvoirs publics qui ont été extrêmement aidants. Bravo à Pierre Ferracci (le président du club depuis 2012) qui a été l'artisan de ce centre d'entraînement. Je n'oublie pas Red Bull (*) qui a été très actif. Ce fut d'ailleurs le sujet d'une de nos premières réunions où étaient notamment présents Oliver Mintzlaff (directeur général de Red Bull), Jürgen Klopp (responsable du football) et Mario Gomez (directeur technique).
Pouvez-vous détailler un peu le projet ?
Il y aura à court terme cinq terrains supplémentaires et ensuite, nous nous développerons sur 8 hectares de plus, soit 16 au total. Cela nous permettra d'avoir en même temps les entraînements des équipes masculine, féminine et une partie du centre de formation. Des compensations sont prévues pour les municipalités pour offrir de nouveaux espaces. Nous allons donc aménager, pas loin, de nouveaux parcs qui seront encore mieux que le précédent en matière d'installation, de sécurité et d'éclairage. Tout le monde en bénéficie.
Quels étaient les freins les plus importants ?
Vous savez, dès que vous mettez dans la même marmite du football, la famille Arnault et des terrains publics, assez vite cela peut faire réagir. Mais nous avons réussi à expliquer et à convaincre. Comme tout ce que nous entreprenons. Nous le faisons dans les règles mais nous allons même un petit peu au-delà, notamment sur le plan environnemental. Très vite, même les plus réfractaires ont compris que c'était pour le bien des habitants de ces communes. Ce n'est pas un projet à but commercial.
Et en termes de coût ?
Tout cela est écrit dans le budget transmis à la DNCG dans lequel il y avait une enveloppe "infrastructures" significative. Cela fait partie de l'ensemble du projet de rachat. Nous ne nous sommes pas engagés uniquement pour le football, mais aussi pour contribuer au tissu social, économique et local. Pour notre famille, il s'agit d'un projet important, notamment mon père (Bernard Arnault, actionnaire majoritaire et PDG de LVMH), qui va bientôt se déplacer sur le site. C'est un architecte dans l'âme. Il adore voir "l'avant-après", d'autant que c'est un investissement conséquent pour nous tous.
« Concernant le Parc des Princes, je ne veux même pas en entendre parler »
Êtes-vous satisfait de jouer à Jean-Bouin ?
Nous avons été heureux à Charléty mais quitter ce stade pour Jean-Bouin était la bonne décision. Ici, les installations sont de très bonne facture, les hospitalités excellentes et les spectateurs repartent du stade heureux. Et ce n'est pas tout : les joueurs et le staff nous remercient également. Je me souviens de Jürgen Klopp, lors de sa venue face à Amiens (1-0, le 11 janvier) qui avait été très clair : "Pour peu que le club monte en Ligue 1, on ne peut pas jouer ici pour une première année. Il faut changer de stade." Nous sommes donc très satisfaits de jouer à Jean-Bouin.
Vous y voyez-vous à long terme ?
Je ne me pose pas la question pour l'instant. Nous avons un bail jusqu'en 2029 et une relation excellente avec le Stade Français (autre club résident de Jean-Bouin). Nous allons faire notre petit bout de chemin dans ce stade. Moi je l'aime bien et je pense qu'il faut se satisfaire de ce que nous avons. Nous pourrons peut-être envisager des améliorations mais je ne suis pas vraiment là pour dire qu'il nous faut un stade de 40 000 places, même si on est un jour en Coupe d'Europe.
Ce stade est déjà aux normes européennes et 19 000 personnes, même en Coupe d'Europe, ce n'est pas non plus indigne. Je me demande si on ne préfère pas un stade qui vibre à fond et est toujours plein, plutôt qu'un stade trop grand qui sonne un peu creux. Et enfin, j'anticipe votre question, concernant le Parc des Princes (stade voisin que le Paris-SG, en conflit avec la mairie de Paris, menace de quitter), je ne veux même pas en entendre parler. C'est le stade du PSG et ce serait irrespectueux d'évoquer le sujet.
Comment jugez-vous le développement du club ? Est-il conforme à vos attentes ?
La première étape était la montée en Ligue 1. Maintenant, la deuxième étape, c'est de pérenniser le club là où il est, d'essayer cette année de se maintenir le plus tranquillement possible et ensuite, au gré des investissements et des améliorations, de progresser. Avoir un centre d'entraînement à la hauteur était une première priorité. Il est aussi nécessaire de développer naturellement la marque Paris FC. C'est la mission de Jean-Marc Gallot, le nouveau DG. C'est sa spécialité et la raison de sa venue.
Faire grandir une marque, c'est aussi augmenter les recettes de sponsoring, de merchandising, la notoriété, les réseaux sociaux mais aussi l'hospitalité au stade, le fait qu'il y ait de plus en plus d'enfants ou de fans qui portent le maillot Paris FC, c'est aussi développer l'identité du club. Il s'agit d'un véritable travail de fond pour lequel nous avons une certaine expertise. Cela se construira sur plusieurs années mais nous comptons investir aussi là-dessus, sur le digital et la visibilité partout : au stade, dans les rues, dans les magasins de sport au travers, par exemple, du partenariat avec Adidas.
Son quotidien de propriétaire du Paris FC
« Je pensais que j'irais à un match sur cinq à l'extérieur et en réalité, j'y suis presque à chaque fois, je ne peux pas m'en empêcher »
Vous attendiez-vous à vivre les choses aussi intensément ?
Je suis un habitué des stades. J'étais un supporter et je suis devenu supporter et représentant de l'actionnaire majoritaire du Paris FC. Donc c'est une espèce de double shot d'adrénaline qui me fait vivre intensément les matches, que ce soit au stade ou devant la télé. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit dans de telles proportions. C'est même plutôt l'inverse.
Quand je m'investis dans un domaine qui me passionne, parfois cela se transforme assez vite en soucis. Mais avec le Paris FC, j'aime tout ce qu'il y a autour et la passion est décuplée. Je prends du plaisir, y compris pour régler les problèmes, je ne sais pas comment vous expliquer. J'aime ce club, voilà tout. J'aimerais et je souhaite qu'il réussisse. Je pensais que j'irais à un match sur cinq à l'extérieur et en réalité, j'y suis presque à chaque fois, je ne peux pas m'en empêcher.
Êtes-vous davantage reconnu désormais ?
Au stade, oui, c'est indiscutable. Les passionnés de foot veulent un selfie ou me posent des questions sur l'équipe, le club, et ça, c'est très sympa. Cela touche aussi l'ensemble de ma famille, en premier lieu mon père. Il m'a raconté qu'un jour, alors qu'il traversait la rue devant le Bon Marché (dans le VIIe arrondissement de Paris), un homme est descendu de son véhicule au feu rouge et lui a dit : "Monsieur Arnault, je suis fan du Paris FC depuis vingt ans, merci pour ce que vous faites, c'est fantastique, j'adore." Ils ont fait une photo ensemble. Avant, ce genre d'interaction, même pour lui, était moins fréquent. Il sent bien que quelque chose est en train de se passer autour de ce club, mais aussi en famille. Ce qui nous soude encore davantage avec mes frères.
Est-ce nouveau pour vous, tout cela ?
Il y a un mois, pas très loin d'ici, dans la rue, un monsieur m'arrête et me dit : "Monsieur Arnault, je voulais vous remercier. Avec mon fils de 10 ans, on adore le foot mais on n'a pas les moyens de s'abonner à Ligue 1 + et pour la première fois de sa vie, je l'emmène au stade demain. Alors merci pour les tarifs que vous proposez, parce qu'à 10 euros, je peux venir." Cela m'a touché. Ce sont des petites choses qui ne nous arrivaient pas avant. Nous incarnons plutôt le luxe, l'intouchable, donc cela change un peu la manière dont nous sommes perçus, qui nous sommes vraiment. Nous menons ce projet en famille. C'était très important dès le départ et, que cela soit au stade ou dans notre boucle WhatsApp avec mes frères, nous sommes tous à fond derrière l'équipe. »








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